Entre la loi de finances 2026 et le PLF 2027, deux lignes du budget de la Santé et de la Protection sociale se croisent. Le glissement ne s’explique pas entièrement.

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L’essentiel en 3 points
  1. Une masse salariale en recul. Elle passe de 16,42 à 7,51 milliards de dirhams entre la loi de finances 2026 et le PLF 2027, soit une baisse supérieure à 54 %.
  2. Une ligne qui double. « Matériel et dépenses diverses » passe de 11,44 à 23,36 milliards, et le fonctionnement progresse de 27,86 à 30,86 milliards, environ 11 % de plus.
  3. Un transfert non documenté. Les GST sont l’explication la plus évidente, mais aucun document du PLF 2027 ne l’indique expressément, et le financement des soignants transférés reste sans réponse.

La masse salariale du ministère de la Santé et de la Protection sociale passe de 16,42 milliards de dirhams dans la loi de finances 2026 à 7,51 milliards dans le projet de loi de finances 2027, soit un recul supérieur à 54 %. Dans le même temps, la ligne « matériel et dépenses diverses » double, de 11,44 à 23,36 milliards.

Au total, le fonctionnement du ministère progresse de 27,86 à 30,86 milliards, soit environ 11 % de plus. Les crédits de paiement d’investissement restent stables, autour de 14,5 milliards, auxquels s’ajoutent 16,08 milliards d’engagements pour 2028 et au-delà.

Le transfert des professionnels de santé vers les groupements sanitaires territoriaux (GST), appelés à regrouper les établissements de santé publics de leur région, en est l’explication la plus évidente. Le rapport sur les ressources humaines prévoit que ce transfert pèse sur les effectifs de la fonction publique, et le recul de 8,92 milliards de la ligne de personnel s’accompagne d’une hausse de 11,92 milliards de la ligne « matériel et dépenses diverses ». Aucun document du PLF 2027 ne l’indique toutefois expressément, et le glissement n’est pas neutre : la hausse nette du fonctionnement reste à expliquer.

Une explication non confirméeLe transfert vers les GST est l’explication la plus évidente du recul de la masse salariale. Aucun document du PLF 2027 ne l’indique toutefois expressément.

Six régions, un statut

Créés par la loi 08.22 sous la forme d’établissements publics régionaux, les GST regroupent chacun l’ensemble des établissements de santé publics de leur ressort. Celui de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, région pilote, exerce ses fonctions depuis le 1er octobre 2025, selon le rapport sur les établissements et entreprises publics. Cinq autres l’ont rejoint en 2026 : Rabat-Salé-Kénitra, Souss-Massa, Laâyoune-Sakia El Hamra, Casablanca-Settat et Fès-Meknès.

Six groupements, un calendrier
Région Situation
Tanger-Tétouan-Al Hoceïma Région pilote, en fonction depuis le 1er octobre 2025
Rabat-Salé-Kénitra En fonction depuis le 1er août
Souss-Massa En fonction depuis le 1er août
Laâyoune-Sakia El Hamra En fonction depuis le 1er août
Casablanca-Settat En fonction depuis le 2 septembre
Fès-Meknès En fonction depuis septembre
Sources : rapport sur les établissements et entreprises publics ; TelQuel, 3 août et 11 septembre

Comme TelQuel le relevait le 3 août, trois de ces groupements sont entrés en opération le 1er août, deux autres devant suivre en septembre. Le ministre de la Santé et de la Protection sociale, Amine Tehraoui, décrivait alors la phase de mise en place comme « l’une des parties les plus difficiles », avec en particulier le transfert du personnel et celui des marchés passés par les structures existantes. Le GST de Casablanca-Settat exerce effectivement ses attributions depuis le 2 septembre, relevait TelQuel le 11 septembre, avec une organisation en pyramide à trois niveaux. La note de présentation fixe pour 2027 l’objectif de couvrir toutes les régions. Six restent donc à doter.

Des structures qui s’effacent

Selon le rapport sur les établissements et entreprises publics (EEP), les GST doivent remplacer progressivement les sept centres hospitaliers universitaires, 85 services de l’État gérés de manière autonome (SEGMA) et 12 directions régionales de la santé. Le rapport SEGMA fait état de la suppression, en 2026, de dix services du ministère, dont sept hôpitaux de la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma. La note de présentation propose d’en supprimer 40 autres dans les cinq régions suivantes.

Structures et postes dans le PLF 2027
7centres hospitaliers universitaires que les GST doivent remplacer progressivement
85services de l’État gérés de manière autonome (SEGMA), également concernés
12directions régionales de la santé, concernées elles aussi
10services du ministère supprimés en 2026, dont sept hôpitaux de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma
40suppressions supplémentaires proposées dans les cinq régions suivantes
2.600postes pour les GST, sur les 8.000 du secteur
Sources : rapport sur les établissements et entreprises publics ; rapport SEGMA ; note de présentation du PLF 2027

Côté postes, l’article 21 du PLF 2027 en crée 34.454, dont 5.400 pour le ministère de la Santé, auxquels la note de présentation ajoute 2.600 postes pour les GST, soit 8.000 pour le secteur. La loi de finances 2026 en avait accordé 8.000 au seul ministère : le total est identique, mais 2.600 postes de moins reviennent désormais au ministère.

Ce qui change entre 2026 et 2027
Sujet Loi de finances 2026 PLF 2027
Postes pour le secteur 8.000, au seul ministère 8.000 : 5.400 pour le ministère et 2.600 pour les GST
Masse salariale 16,42 milliards de dirhams 7,51 milliards, soit un recul supérieur à 54 %
Matériel et dépenses diverses 11,44 milliards 23,36 milliards
Fonctionnement 27,86 milliards 30,86 milliards, soit environ 11 % de plus
Investissement Crédits de paiement autour de 14,5 milliards Stables, avec 16,08 milliards d’engagements pour 2028 et au-delà
Sources : loi de finances 2026 ; PLF 2027 (article 21 et note de présentation)

Le ministère comptait en 2026 60.347 fonctionnaires, soit 10,5 % des effectifs civils de l’État, et sa masse salariale représente 11,86 % des dépenses de personnel civil, selon le rapport sur les ressources humaines.

L’argent des hôpitaux

En 2025, les SEGMA de santé ont généré 68,10 % des ressources propres de l’ensemble des SEGMA, qui ont atteint 3,03 milliards de dirhams, et 48,87 % de leur excédent de 4,89 milliards. Leurs recettes propres couvraient 111,78 % de leurs dépenses, selon le rapport SEGMA.

Le même rapport inscrit parmi les priorités de 2027 l’amélioration de la facturation et du recouvrement hospitaliers, notamment face aux dossiers médicaux incomplets. La note de présentation, elle, chiffre à plus de 2,06 milliards de dirhams, à fin août 2026, le reste à charge des assurés d’AMO Tadamon dans les hôpitaux publics, que l’État prend en charge.

Les recettes des SEGMA de santé sont aujourd’hui celles de services appelés à disparaître. Les documents ne disent pas qui les encaissera demain, ni comment les excédents accumulés par ces structures seront affectés.

Ce que les chiffres taisent

La région pilote affiche de premiers résultats : consultations médicales en hausse de 10,94 %, hospitalisation complète de 6,99 % et interventions programmées d’environ 35 %, selon la note de présentation, qui ne précise pas la période de comparaison.

Sur les ressources humaines, le rapport RH anticipe 5.645 départs à la retraite dans la santé entre 2026 et 2030, soit 9,4 % des effectifs du secteur, où les femmes représentent 68 % des agents. Comme TelQuel le relevait le 18 septembre, la loi 09-22 fixe le statut du personnel des GST sans trancher la question de la compétence : ce statut, résume Najib Diouri, expert international en économie de santé, « ne dit pas qui décide de le recruter ». La note de présentation promet pour sa part des incitations pour les zones déficitaires et une rémunération liée à la performance.

« Le statut du personnel des GST ne dit pas qui décide de le recruter »Najib Diouri, expert international en économie de santé

Reste l’essentiel : qui paie les soignants transférés, sur quelle ligne, et avec quel financement propre pour les GST. Les documents n’apportent pas de réponse. Comme TelQuel le relevait le 2 octobre, la refonte de la gouvernance sanitaire, relancée au printemps avec la nomination en Conseil des ministres, le 9 avril, de cinq directeurs généraux de GST, reste à mener à terme par le nouveau gouvernement. Les lignes du budget sont lisibles, le lien entre elles ne l’est pas, et c’est au ministère de la Santé comme à celui du Budget de l’établir.

Le budget de la Santé raconte déjà la réforme. Il n’en explique pas encore le financement.

Ce qu’il faut surveiller
  • La couverture de toutes les régions en 2027, objectif fixé par la note de présentation, avec six régions encore à doter.
  • L’affectation des recettes et des excédents des SEGMA, dont les documents ne disent pas qui les encaissera.
  • La ligne qui paiera les soignants transférés, et le financement propre des GST.
  • La question de la compétence de recrutement, que la loi 09-22 ne tranche pas, et les incitations promises pour les zones déficitaires.
Repères
  • 1er oct. 2025Le GST de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, région pilote, exerce ses fonctions
  • 9 avrilNomination en Conseil des ministres de cinq directeurs généraux de GST
  • 1er aoûtTrois GST entrent en opération
  • 2 septembreLe GST de Casablanca-Settat exerce ses attributions
  • 2027Objectif de couvrir toutes les régions ; 40 suppressions de services proposées dans cinq régions
  • 2026-20305.645 départs à la retraite anticipés dans la santé

Sources de cet article

  • Projet de loi de finances 2027 (article 21) et note de présentation
  • Loi de finances 2026
  • Rapport sur les établissements et entreprises publics (EEP)
  • Rapport sur les services de l’État gérés de manière autonome (SEGMA)
  • Rapport sur les ressources humaines
  • Najib Diouri, expert international en économie de santé
  • TelQuel, 3 août, 11 septembre, 18 septembre et 2 octobre