Burqa, jupe, djellaba... quel risque de vous faire agresser ?

Si les femmes portant des tenues modernes courtes sont plus sujettes aux violences dans l'espace public, la prévalence de ces actes n'est pas strictement proportionnelle au nombre de centimètres de peau recouverts.

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Des femmes face à la mer, à Tanger
Selon Ikbal Sayah, la variable sexe ne suffit pas à comprendre les inégalités de genre auxquelles d’autres formes d’inégalités s’ajoutent, d'où l'importance de l'approche intersectionnelle. Crédit: Antony Drugeon

Dans la rue, les femmes portant le voile intégral sont plus victimes de violences physiques que celles vêtues d’une djellaba. C’est ce qui ressort d’une enquête menée par le Haut commissariat au plan (HCP) en 2009, et que le Conseil national des droits de l’Homme (CNDH) vient de citer pour étayer son rapport sur l’égalité et la parité au Maroc.

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Sans grande surprise, les femmes en tenues modernes courtes sont celles qui sont le plus victimes de violences dans l’espace public (83 % de prévalence). Ce qui pousse le CNDH à commenter : « la violence constitue un puissant instrument de contrôle social sur le corps des femmes et sur leur liberté de mouvement ». Mais peu importe la tenue, plus d’une femme sur deux est victime au moins une fois chaque année d’une forme de violence dans l’espace public, toutes formes confondues.

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Plus étonnant en revanche : une tenue longue, même avec port du voile, « protège » moins des agressions physiques qu’une djellaba. Le taux de prévalence des violences physiques est de 39,6 pour les tenues modernes courtes, 24,7 % pour les tenues modernes longues sans voile, 20,6 % pour les tenues longue avec voile, 21 % pour les voiles/burqas et 16,7 % pour les djellabas.

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L’ampleur des violences physiques et sexuelles telle que montrées par cette enquête menée par le HCP est certainement sous-estimée, précise le CNDH. Les victimes de violences ont tendance à ne pas témoigner. Aussi, certaines femmes « apprennent dès leur plus jeune âge à se protéger (…) en s’exposant moins. » Autrement dit, « si les femmes fréquentaient les lieux publics autant et de la même manière que les hommes, le taux d’agression à leur encontre serait nettement plus élevé ».

En plus, d’après le CNDH, la situation de la femme dans l’espace public ne s’améliore pas : « Alors que les femmes sont plus instruites et plus indépendantes que par le passé, elles ont de plus en plus de difficultés à accéder et occuper librement l’espace public. Les agressions physiques et le harcèlement sexuel constituent, de plus en plus, un puissant mode de contrôle du corps des femmes et de régulation de leur apparition dans l’espace public », peut-on lire dans le rapport.

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Méthodologie de l’enquête menée par le HCP :

L’étude a été réalisée à partir de questionnaires soumis à un peu moins de 9 000 femmes âgées de 18 à 64 ans. Ici, la violence physique est définie comme tout acte qui cause une blessure physique ou un traumatisme non accidentel. La violence sexuelle englobe les rapports sexuels forcés, le harcèlement sexuel avec attouchements, l’exposition à des actes indécents et les pratiques sexuelles subies sans consentement. Violence psychologique signifie tous les actes qui consistent à dominer ou à isoler une femme, ainsi qu’à l’humilier ou à la mettre mal à l’aise. La prévalence se définit comme étant « le nombre de personnes qui rapportent au moins un événement de violence au cours de la période de référence considérée ». Le HCP a choisi de prendre une période différente selon les violences : les douze derniers mois pour toutes les formes de violence, la vie adulte pour les violences physique et toute la vie pour les violences sexuelles.[/encadre]

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