Ce que pensent les islamistes marocains du rapprochement israélo-turc

Grands admirateurs du président turc, comment les islamistes marocains ont accueilli la nouvelle de la normalisation des relations entre Israël et la Turquie ? Telquel.ma leur a posé la question.

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Après six années de brouille, le chef de l’État turc Recep Tayyip Erdoğan a officialisé, lundi 27 juin, la normalisation des relations entre son pays et Israël. Un rapprochement salué par l’ONU, qui y voit un « signal d’espoir » pour un Moyen-Orient en crise tandis que le premier ministre turc Binali Yıldırım salue « un pas important après tant d’années » de préparation pour cet accord. Mais au Maroc, ce rapprochement n’est pas au goût de tout le monde, les islamistes en tête, qui se sont montrés, jusque-là, peu diserts sur le sujet. Adulateurs de l’expérience islamiste turque, les islamistes marocains ne cachent pas leur gêne de voir leur idôle Erdoğan retomber dans les bras de Netanyahu, même s’ils disent « comprendre » les motivations de ce rapprochement.

Les Adlistes intraitables

« Nous refusons de la plus forte des manières toute normalisation avec l’entité sioniste. Car la normalisation signifierait la reconnaissance des actes criminels commis par cet État colonisateur », réagit tout de go Abdessamad Fathi, président de l’Instance marocaine de soutien aux causes de la Oumma, affiliée à Adl Wal Ihssane. Néanmoins, Abdessamad Fathi avance des raisons objectives à cette normalisation. « L’expérience d’un gouvernement islamiste en Turquie ne plaît pas à tout le monde. Le gouvernement Erdoğan subit d’énormes pressions à cause de cela, c’est pour cette raison qu’il se cherche de nouveaux alliés », avance le dirigeant adliste.

Les Pjdistes plus pragmatiques

De son côté, le membre du secrétariat général du PJD, Abdelali Hamieddine, évoque l’histoire pour justifier le reprise des relations entre la Turquie d’Erdoğan et le gouvernement Netanyahu. « Il ne faut pas oublier que la Turquie a reconnu Israël dès 1948. La politique étrangère des pays arabes n’a rien à voir avec celle de la Turquie, qui n’a jamais été en guerre avec l’État hébreux », explique le jeune loup du parti au pouvoir, qui rappelle que même le président égyptien déchu Mohamed Morsi avait, aussitôt élu, reconduit l’accord de paix entre Israël et l’Égypte.

« Malgré la normalisation des relations entre les deux pays, on ne peut comparer l’état des relations israélo-turque en 2016 avec celles qui prévalait avant l’arrivée au pouvoir de l’AKP », tient à relativiser Bilal Talidi, directeur du journal du Mouvement unicité et réforme (MUR) Attajdid, proche du PJD. Ce dernier rappelle : « Jamais la Turquie n’a été aussi hostile à Israël que sous le gouvernement Erdoğan ». Pour étayer ses propos, il évoque l’abordage de la flottille internationale de Gaza et le fameux discours virulent d’Erdoğan face à Shimon Perez lors du Forum économique mondial à Davos, où le responsable turc s’est livré à une charge contre le responsable israélien.

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