Bank al Maghrib tire des leçons de la crise de la Samir

Lors de sa présentation trimestrielle à la presse, le gouverneur de la Banque centrale a expliqué avoir pris des mesures pour empêcher qu’une affaire comme la Samir ne se répète pas. Aussi, l'institution prévoit une croissance de 4,6 % pour 2015.

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Abdellatif Jouahri. Crédit: Yassine Toumi.

« Il n’y a pas que la Samir, il y a aussi les dossiers des promoteurs immobiliers », a relevé le gouverneur de Bank Al Maghrib (BAM) alors qu’il était interrogé par la presse sur les retombées de la crise de la Samir sur les banques, à l’issue de la présentation trimestrielle de son institution. La BAM suit de près le dossier, et fait partie du comité de suivi. Si le groupe traîne 8 milliards de dirhams d’engagements auprès des banques (filiales comprises), Abdellatif Jouahri s’est voulu rassurant : « Nous avons réalisé des stress tests : même si rien n’est fait (zéro dirham remboursé, ndlr), la solvabilité des banques n’est pas mise en péril », a t-il expliqué.

Mais BAM a quand même décidé de tirer des leçons de cette crise. Dorénavant, les banques sont obligées de transmettre un dossier à la Banque centrale si une entreprise emprunte plus de 500 millions de dirhams. Le but : recenser la dette de tout un groupe (toutes filiales confondues) pour mieux anticiper. Aussi, Abdellatif Jouahri pense demander aux banques de passer des conventions entre elles pour « consortialiser les crédits », autrement dit, que les différentes banques imposent les mêmes conditions aux grands groupes et que ceux là ne puissent pas faire jouer la surenchère au moment de demander un crédit. Bref, cette crise « permet de nous interroger et de mettre des garde-fous contre des dérapages ultérieurs », estime le patron de la banque centrale.

Une croissance de 4,6 % en 2015

Par ailleurs, au vu de l’analyse des différents indicateurs économiques, la BAM décide de ne pas toucher au taux directeur de 2,5 %. Portée par l’activité agricole, la croissance devrait s’établir à 4,6 % en 2015 d’après l’institution (contre 2,4 % l’année précédente), qui prévoit un retour à 2,4 % en 2016. Cette dernière remarque que l’activité non agricole ne redémarre pas (prévision de croissance de 3,3 % pour 2015). Sans proposer d’explication, elle s’interroge sur la destruction d’emplois dans l’agriculture ce premier trimestre (58 000) alors que 2014 a enregistré une récolte historique. « Généralement, quand il y a une forte récolte et valeur ajoutée agricole, on note une création d’emploi, mais ce n’est pas le cas là ». Concernant l’emploi en général, Abdellatif Jouahri ne préfère pas trop se féliciter. Il remarque que si le taux de chômage a diminué, le taux d’activité a également baissé, donc que peut-être de nombreux Marocains sont simplement trop découragés pour s’inscrire à l’Anapec.

En ce qui concerne les réserves de changes, elles couvrent six mois d’importations, et devraient monter à 6,5 mois à la fin de l’année. Nous sommes loin des 11 mois d’il y a quelques mois mais la situation s’améliore (descente à quatre mois). Les IDE et les transferts des MRE sont pour leur part en hausse.

Moins de dons étrangers

Au niveau des finances publiques, «  on pense que le déficit prévu dans la loi de finance sera maintenu », annonce Abdellatif Jouahri, étant donné que les finances pâtissent d’une très forte baisse des dons (1,3 milliard de dirhams à fin août, contre 13 milliards de dirhams prévus dans la loi de finances), mais que d’un autre côté, la charge de compensation a baissé de 56 %. Pour ce qui est de l’inflation pour l’année 2015 dans son ensemble, la BAM table sur 1,8 %, en relevant un pic à 2,4 % en juillet.

Lors du point presse, le gouverneur a aussi été interrogé sur les associations de microcrédit (qui sont maintenant dans son giron). Beaucoup de travail reste à faire, pour regarder de près pourquoi elles imposent de tels taux d’intérêt par exemple, mais la BAM a déjà relevé 40 % de créances croisées (s’endetter pour rembourser) parmi le total de créances. Et Abdellatif Jouahri a précisé que le microcrédit était en train de reprendre.

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