Témoignages: Tristesse et colère chez les familles des victimes de la bousculade de Sidi Boulaâlam

Les familles des quinze femmes victimes de la bousculade de Sidi Boulaâlam pleurent leurs défunts, mais crient aussi leur colère concernant l’organisation de l'opération qui a conduit au drame. Témoignages.

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Crédit: Yassine Toumi/ Telquel

25 kilogrammes de farine, 10 kilogrammes de riz, 5 paquets de sucre en semoule, cinq boîtes de thé, cinq litres d’huile. C’est le contenu du pack d’aide alimentaire, distribué par une ONG locale à des femmes venues en surnombre. Quinze d’entre elles ont rendu l’âme ce dimanche 19 novembre dans la bousculade survenue sur les lieux de la distribution. Une enquête a été ouverte par le ministère de l’Intérieur.

Ce lundi matin, les familles pleuraient leurs victimes dont les corps ont été déposés à la morgue d’Essaouira. L’envoyé spécial de Telquel Arabi s’est rendu sur place pour recueillir les témoignages poignants des rescapés et des membres de leurs familles.

« Nous sommes arrivés sur les lieux  de distribution des aliments à 2h du matin, dimanche. Nous avons attendu jusqu’à 9h pour recevoir les aides« , raconte Ouidad, 24 ans, qui a échappé de justesse à la bousculade. La jeune femme a été blessée au niveau du thorax et des cuisses.

Fatima, 36 ans, a été admise à l’hôpital régional d’Essaouira. Elle a du mal à articuler à cause des douleurs. « Les responsables de la distribution avaient pour principal souci l’enregistrement vidéo de l’opération de distribution (…) des personnes demandaient aux organisateurs d’intervenir pour venir en aide aux victimes, mais ils n’ont pas fait attention à ces appels et ont continué à filmer« , raconte-t-elle, amère.

Fatima explique que l’arrivée des femmes s’est faite de manière anarchique. Elles sont venues après avoir simplement entendu parler de l’opération de distribution ce qui a engendré le surnombre, poursuit-elle.

Nous rencontrons Saadia devant la morgue de l’hôpital. Sa mère, 60 ans, a rendu l’âme après avoir été piétinée par les autres femmes qui devaient bénéficier de l’aide. Un coup à la tête lui a été fatal. La fille de la défunte reproche aussi aux organisateurs d’avoir été plus occupé à « filmer les aides pour les montrer aux organisations étrangères et ainsi obtenir des aides« .

« Ma mère est morte et a laissé derrière elle mon frère âgé de 15 ans« , nous raconte un jeune trentenaire, qui pleure la disparition de sa mère qui était âgée de 60 ans. Il est arrivé tard à Essaouira la nuit du vendredi, après avoir pris les transports de Casablanca, ville où il travaille comme vendeur ambulant.

« Je vais porter plainte et demander réparation« , promet-il. « Qui va s’occuper de mon frère maintenant qu’il est devenu orphelin?« .

Sami Joulal

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