Pour 2020, le FMI prédit une "reprise poussive" de la croissance mondiale

La signature de l’accord commercial sino-américain est une bouffée d’oxygène pour l’économie mondiale, dont la croissance va rebondir cette année. Mais la reprise sera “poussive” et fragilisée par la persistance de risques géopolitiques, a prévenu le FMI devant l’élite économique mondiale à Davos, le 20 janvier.

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Le siège du FMI à Washington. Crédit: FMI

Le Fonds monétaire international (FMI) s’est montré moins optimiste qu’en octobre dans ses dernières prévisions de croissance mondiale publiées lundi 20 janvier, tablant désormais sur 3,3 % cette année et 3,4 % l’an prochain (-0,1 point et -0,2 point respectivement).

Reprise de la croissance

Mais c’est bien mieux que l’an passé quand, sous l’effet de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, la hausse du volume du commerce international avait fondu (+1 % après 3 % en 2018) et fait tomber la croissance de la planète à 2,9 %, son plus faible niveau depuis la crise financière.

Après un ralentissement synchronisé en 2019, nous nous attendons à une reprise modérée de la croissance mondiale cette année et l’année prochaine”, a commenté la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, lors d’une conférence de presse.

Mais “nous ne sommes pas encore sortis d’affaire”, a-t-elle ajouté à la veille de l’ouverture du 50e Forum économique mondial à Davos, en Suisse. La reprise est freinée par exemple par de “mauvaises nouvelles” venues d’Inde qui souffre entre autres du déclin de la consommation, des investissements, des déficits budgétaires et des retards pris dans les réformes structurelles.

Disparités sociales

De plus, dans d’autres pays, les économies sont secouées par une profonde contestation de la rue. Au Chili, des manifestations d’étudiants contre une hausse du prix du ticket de métro en octobre se sont muées en une révolte d’ampleur inédite depuis la fin de la dictature du général Augusto Pinochet (1973-1990).

L’ONG Oxfam a à cet égard dénoncé, lundi 20 janvier, dans son rapport annuel sur les inégalités mondiales, la concentration grandissante des richesses : selon ses calculs, les 2153 milliardaires du globe détiennent désormais plus d’argent que les 4,6 milliards les plus pauvres de la planète. Ces inégalités “sont au cœur de fractures et de conflits sociaux partout dans le monde”, a estimé Pauline Leclère, porte-parole d’Oxfam France, dans un communiqué.

Autre obstacle à la croissance selon le FMI : le regain de tensions géopolitiques, notamment entre les États-Unis et l’Iran, pourrait perturber l’approvisionnement mondial en pétrole, nuire au moral et affaiblir les investissements commerciaux déjà timides.

Commerce international

Sur le front du commerce international, la trêve entre Washington et Pékin, scellée la semaine dernière par la signature d’un accord bilatéral, ne résout pas tout. Cela va certes stimuler la croissance de la Chine cette année. Le FMI table désormais sur une hausse de 6 %, soit 0,2 point de plus que l’estimation d’octobre.

Les États-Unis profiteront eux aussi de cet accord qui va doper leurs exportations de produits agricoles, industrielles et du secteur de l’énergie. Mais l’expansion s’essouffle. La croissance du PIB américain va ralentir à 2 % (-0,1 point) après 2,3 % l’an passé, les effets de la réforme fiscale s’estompant.

Pour autant, la première puissance au monde va continuer de faire la course en tête des pays avancés, bien loin des pays de la zone euro (+1,3 %) et du Japon (+0,7 %). Les pays émergents et en développement vont s’accroître, eux, de 4,4 % après 3,7 % en 2019.

Le volume du commerce international, qui a porté la reprise après la récession mondiale, va se reprendre cette année (+2,9 % contre 1 % l’an passé). Mais l’augmentation sera inférieure à celle estimée en octobre, et loin des 3,7 % enregistrés en 2018. Sur une note plus positive, des facteurs temporaires qui avaient ralenti la production mondiale, tels que les adaptations du secteur automobile aux nouvelles normes d’émissions, semblent s’estomper.

“Continuer à faire ce qui marche”

Reste que toutes ces projections “dépendent dans une large mesure de la capacité (des dirigeants) à éviter une nouvelle escalade des tensions commerciales américano-chinoises (…), à éviter un Brexit sans accord et les ramifications économiques des troubles sociaux et des tensions géopolitiques”, prévient l’institution de Washington.

Le cas échéant, la reprise pourrait être sérieusement entamée, souligne le FMI à l’entame du Forum de Davos, qui devrait voir cette année nombre de discussions tourner autour de l’urgence climatique et des désordres mondiaux, avec en invités vedettes de sa première journée, ce mardi 21 janvier, le président américain Donald Trump et la militante du climat Greta Thunberg.

Aux États, la directrice du FMI a donné deux conseils : “continuer à faire ce qui marche”, à savoir les politiques monétaires accommodantes, et “se concentrer sur ce qui peut doper la croissance”, avec des mesures budgétaires et des réformes économiques et financières plus poussées. Pour Kristalina Georgieva, les responsables devraient notamment renforcer les efforts destinés à mieux résister aux risques pesant sur le système financier, et aux risques climatiques.