À Khouribga, trois cadres de l’OCP innovent pour sauver des vies

À la fin du mois de mars, trois cadres de l’OCP ont imaginé et conçu un raccord permettant de doubler la capacité des respirateurs artificiels. Ils ont également conçu une visière pour le personnel médical de l’hôpital provincial de Khouribga. Pour TelQuel, ils racontent leur démarche.

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Le support de visière et le raccord pour respirateur artificiel créés par trois ingénieurs de l'OCP.

Que pouvons-nous faire pour aider notre ville et notre pays avec notre savoir-faire ?” C’est la question à laquelle ont répondu trois cadres de l’OCP Khouribga. Car Yassine Ndali, Jamal Bachiri et Younes Belfatmi sont à l’origine d’une invention qui pourrait venir en aide aux hôpitaux à travers le Royaume. En effet, les trois hommes ont conçu et fabriqué de toutes pièces un raccord permettant de doubler la capacité des respirateurs artificiels. Un objet qui pourrait bien sauver des vies à l’heure où les hôpitaux sont plus sollicités que jamais.

Tout commence par un post

À l’origine de cette création, une initiative lancée par des employés de l’OCP nommée #OCP_ متضامن. Son but ? Encourager le personnel du géant du phosphate à présenter une idée ou une initiative visant à soutenir l’effort collectif dans le cadre de la crise engendrée par la pandémie de coronavirus.

Certains ont proposé de donner des denrées alimentaires ou d’aider à des opérations de désinfection. De mon côté, je me suis dit que l’on pouvait aider les hôpitaux de la région à travers la conception d’équipements que l’on pourrait fabriquer dans l’imprimante 3D dont dispose le FabLab de l’OCP Khouribga”, nous raconte Yassine Ndali.

L’idée de cet ingénieur est inspirée par un article publié sur 3dnatives.com, un site spécialisé dans l’actualité liée à l’impression 3D, évoquant une initiative italienne. Dans le nord de l’Italie, particulièrement touché par la pandémie de coronavirus, les membres de FabLab se sont mobilisés pour créer des équipements médicaux dans leurs locaux.

La publication de Yassine Ndali suscite quelques likes mais attire surtout l’attention de son collègue, Jamal Bachiri, qui est dessinateur industriel au sein de l’antenne Khouribga de l’OCP. Les deux hommes se connaissent depuis plusieurs années et le dessinateur industriel compte également faire participer l’une de ses connaissances au projet. Sur la même publication, il tague son ancien stagiaire, Younes Belfatmi, qui travaille désormais en tant que formateur mécanique au sein du géant phosphatier. C’est sa maîtrise de l’impression 3D qui permettra de concrétiser le projet de Yassine Ndali.

Jamais deux sans trois

Le trio part d’abord à la rencontre des médecins présents sur le site de l’OCP avant de se rendre à l’hôpital provincial de Khouribga pour identifier les besoins des professionnels de santé. “Sur place, nous avons rencontré un médecin réanimateur qui nous a signalé que les respirateurs artificiels n’étaient utilisés que par un seul patient alors que plusieurs pouvaient être branchés dessus”, nous expliquent l’équipe. Ces appareils, s’ils sont bien exploités, peuvent venir en aide à sept patients en même temps.

Mais les ambitions des ingénieurs de l’OCP et du personnel soignant de l’établissement sanitaire sont moindres, car certaines contraintes de l’hôpital provincial de Khouribga ne permettent pas de brancher plus de deux patients à un respirateur artificiel.

C’est ainsi que vient au trio l’idée de concevoir un raccord qui serait le moins encombrant possible et qui prendrait la forme d’un Y. La forme et la conception de ce raccord sont l’œuvre du dessinateur industriel, Jamal Bachiri. Entre la publication de Yassine Ndali et la réalisation du premier modèle, seulement sept jours sont passés. Sauf que le premier prototype n’est pas efficace. Réalisé avec du plastique de moindre qualité, le raccord n’est pas entièrement étanche et du liquide s’en échappe lors des premiers tests réalisés.

Le raccord en Y conçu par Yassine Ndali, Jamal Bachiri et Younes Belfatmi.

Mais il en faut plus pour décourager l’équipe. “Nous sommes en période de guerre. Il était donc essentiel que nous puissions apporter notre pierre à l’édifice. Quitte à ce que l’on mette nos propres moyens dedans.” C’est justement avec ses propres moyens que le trio investit dans du plastique de meilleure qualité pour améliorer l’étanchéité du raccord. Le modèle est en effet conçu avec une gamme supérieure de PLA (acide polylactique, une matière plastique d’origine végétale, avec de l’amidon de maïs comme matière première. Il s’agit du plastique communément utilisé dans l’impression 3D).

Voir au-delà de la visière

Un nouveau modèle est conçu. Après un passage au centre de médecine de l’OCP, il est soumis au test des médecins de l’hôpital provincial de Khouribga, qui approuvent la conception réalisée par le trio pour leur plus grande joie. “C’est vraiment gratifiant de sentir qu’on a eu un impact positif sur des vies humaines, et de se dire qu’on peut en sauver d’autres. C’est notre plus grande récompense”, affirme Yassine Ndali au nom du groupe. À l’heure actuelle, deux modèles du raccord ont été livrés à l’hôpital de Khouribga.

Le raccord en Y utilisé à lhôpital provincial de Khouribga.

Et le trio ne compte pas s’arrêter en si bon chemin : “Nous avons été sollicités par les hôpitaux de Fqih Ben Saleh, Khouribga, Oued Zem, Bejaad pour fabriquer des raccords”, nous révèle Yassine Ndali. À noter qu’en parallèle de la première utilisation du raccord “made in OCP”, un hôpital de la région d’Alicante (dans le sud de l’Espagne) a conçu un outil similaire à celui développé par les trois marocains.

Dans le même temps, les trois hommes ont conçu des visières pour les équipes médicales de l’hôpital provincial de Khouribga. Avec les retours du personnel médical, ces dernières ont pu être améliorées, mais aussi allégées pour rendre leur port plus confortable. En l’espace de trois jours, dix masques ont ainsi été conçus par le groupe. Les plans de ces deux créations seront mis en ligne gratuitement par le trio.

Vidéo montrant la conception des visières.

Avec d’autres employés de l’OCP, le trio compte notamment s’impliquer dans la conception de matériel de désinfection et dans plusieurs autres projets visant à aider le corps médical. Autant d’innovations qui contribueront certainement à améliorer le quotidien du personnel soignant marocain, tout en sauvant des vies.