Pourquoi l'hélicoptère MANAGEM transportait-il un excédent d’or au Soudan ?

Le 9 mai dernier, une cargaison de 241 kilogrammes d'or appartenant à MANAGEM a été interceptée par les autorités soudanaises. Les documents rendus publics le 13 mai montrent que seuls 84 kilogrammes avaient les autorisations nécessaires. D'où vient le reste ?

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Photo d'illustration Crédit: AFP

Le 9 mai dernier, la télévision soudanaise diffusait les images de l’interception, par les autorités locales, d’une cargaison de 241 kilogrammes d’or  transportée de “manière illégale”. Citée par l’agence de presse Sputnik, une source au sein du ministère soudanais des Mines affirmait que le métal précieux provenait du site de Wadi Gabgaba (nord du Soudan) exploité par le groupe marocain MANAGEM, et était transporté vers la capitale Khartoum. La même source démentait également toute illégalité, affirmant que l’Etat soudanais avait accordé les autorisations nécessaires à l’entreprise marocaine pour transporter 84 kg d’or.

Quid alors du reste de la cargaison transportée dans l’hélicoptère affrété par MANAGEM (157 kg)? Dans son édition du 13 mai, le quotidien Akhbar Al Yaoum a tenté  de répondre à cette question. Selon le quotidien, MANUB, la filiale soudanaise de MANAGEM, a soumis en avril dernier une demande à la direction de la mesure et des normes, organisme rattaché au conseil des ministres soudanais. La requête avait pour objet l’obtention de l’accord d’exporter neuf lingots d’or pour un poids total de 93 kg (dont 84 kg en or brut).

Akhbar Al Yaoum s’appuie sur une série de documents rendus publics par la page Facebook “Forum des géologues soudanais” (ملتقى الجيولوجيين السودانيين), le 10 mai dernier. Des documents qu’une source au sein du groupe minier marocain se refuse à clairement identifier comme authentiques. “Ces documents semblent être conformes. Cependant ce n’est pas MANAGEM qui les a officiellement fournis”, nous indique-t-elle.

L’un de ces documents est une lettre datant du 14 avril dans laquelle la direction de la mesure et des normes fait savoir au directeur général de la banque Fayçal – par laquelle s’opère la transaction financière – et au directeur des douanes que des contrôles ont été effectués sur la cargaison transportée par  MANUB et que celle-ci obéit bien aux normes.

Dans une deuxième lettre, datée du 25 avril, la banque centrale soudanaise donne son accord pour l’exportation des 93 kg d’or (dont 84 kg en or pur) au sous-secrétaire d’État au commerce et au directeur général de la banque Fayçal. Le 29 avril, le ministère des Mines adresse une missive au directeur des douanes de l’aéroport de Khartoum pour autoriser l’exportation des neuf lingots d’or.

L’histoire d’un quiproquo

Akhbar Al Yaoum publie également le contrat de vente de ces lingots d’or. En vertu de ce contrat, MANUB cède les 93 kilogrammes d’or à Italpreziosi, entreprise italienne de négoce en métaux précieux, pour un montant total de près de trois millions de dollars, à raison de 41,07 dollars le gramme. Selon le document publié par le quotidien marocain, la transaction a été négociée par une entreprise tierce : Tradist. Créée en 2017, cette entreprise est installée dans la zone franche Jebel Ali à Dubai. Tradist est détenue à 20% directement par MANAGEM et à 80% par MANAGOLD, une filiale entièrement détenue par le groupe marocain. MANAGOLD détient plusieurs participations dans des entreprises minières africaines, dont 89% de MCM au Soudan, qui détient à son tour 78% de MANUB.

Selon nos informations, le transport de l’or excédentaire s’explique par un quiproquo entre les employés de MANUB et les autorités soudanaises sur la quantité à charger à bord de l’hélicoptère. Un incident qui a déréglé les plans de MANAGEM qui souhaitait transporter l’or intercepté par les autorités soudanaises en plusieurs phases. La première phase impliquait le déplacement de 84 kilogrammes d’or. Actuellement, la totalité de la cargaison d’or interceptée par les autorités soudanaises fait l’objet de vérifications par la banque centrale soudanaise, nous indique une source proche du dossier.