Visite guidée au Musée Mohammed VI d'art moderne et contemporain

Il aura fallu 58 ans au Maroc pour avoir son premier musée post-indépendance. Consacré à l'art moderne et contemporain, le Musée Mohammed VI ouvrira ses portes au public le jeudi 9 octobre. Visite guidée en avant-première.

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Musée Mohamed VI d'art moderne et contemporain. Crédit : Yassine Toumi.

Situé dans le centre-ville de Rabat, le Musée Mohammed VI (MMVI) d’art moderne et contemporain a été créé parmi plusieurs autres espaces culturels, à savoir la Bibliothèque nationale et le futur grand théâtre de Rabat, afin de « contribuer au renforcement des structures culturelles au Maroc« , selon les propos de Mehdi Qotbi, président de la fondation nationale des Musées.

Le bâtiment, conçu par le cabinet de Karim Chakor, architecte proche du roi, a eu plusieurs contraintes d’ordre technique  à gérer afin de répondre aux standards internationaux des musées, mais aussi esthétiques, vu son emplacement dans la capitale. Il se situe sur l’avenue Mohammed V, regroupant des immeubles coloniaux à l’architecture caractéristique de cette époque, mais aussi plusieurs bâtiments significatifs comme la mosquée Sunna ou, plus loin, le parlement et l’hôtel Balima. Tous ces paramètres ont façonné l’architecture de ce projet afin qu’il s’intègre de façon harmonieuse dans son environnement immédiat.

Façade du MMVI. Crédit : Yassine Toumi.
Façade du MMVI. Crédit : Yassine Toumi.

Un pas timide vers le présent et un ancrage dans le passé

Le bâtiment a  une façade néo-mauresque dotée d’une touche peu franche de contemporanéité. Cette « peau » peut être disséquée en deux surfaces parallèles qui construisent l’identité même de l’enveloppe du musée. Une, formée à  partir d’arcades sur deux niveaux, confère au bâtiment son cachet traditionnel. La deuxième façade, plus « plate », devient le support de plusieurs œuvres emblématiques de la création contemporaine au Maroc qui ont été agrandies afin que le contenant (musée), soit aussi représentatif de son contenu. Plusieurs motifs traditionnels ont été repris, retravaillés ou  parfois conçus dans des matériaux nouveaux afin de conférer un côté contemporain au bâtiment. Mais l’environnement du musée et la volonté d’en faire un bâtiment à l’inspiration traditionnelle priment malgré le fait que ce soit un musée d’art contemporain. Comparé à d’autres musées mondiaux de ce genre (le Centre Pompidou à titre d’exemple), le MMVI ne ramène pas une esthétique nouvelle. Il s’inscrit facilement dans le quartier colonial de Rabat, quitte à ne pas attirer une grande attention sur lui.

Crédit : Yassine Toumi.
Crédit : Yassine Toumi.

A l’intérieur, deux allées principales se développent de manière perpendiculaire pour se rencontrer au point central du musée. Un patio dont la coupole a été travaillée dans la transparence, avec une polychromie pastel où les couleurs cohabitent en harmonie. Autour de cet espace se déploient différents espaces dédiés au public, une petite bibliothèque transparente donnant sur le hall, une cafétéria discrète qui se met en retrait, un auditorium au sous-sol et plusieurs salles d’exposition qui portent les noms de grandes figures de la peinture contemporaine. Des espaces portant les noms de Farid Belkahia, Chaibia Talal, Jilali Gharbaoui ou encore Ahmed Cherkaoui se juxtaposent pour former la ballade muséale du MMVI. Ce sont ces salles mêmes, entièrement remodelables à l’aide de cloisons amovibles qui reçoivent plus de 400 œuvres de 200 artistes peintres ayant marqué l’histoire picturale du Maroc entre 1914 et 2014 pour former 100 ans de création au Maroc. Une exposition rétrospective sur la peinture marocaine depuis ses prémices jusqu’à aujourd’hui.

En photos, découvrez 100 ans de création au Maroc, l’exposition inaugurale du MMVI.

Une exposition témoin de la création au Maroc

C’est ainsi que l’on découvre, dans la première étape de l’exposition, comment des artistes peintres et photographes ont commencé à se détacher du folklore et des traditions des signes pour développer leur parcours en toute individualité. Mohamed Ben Ali R’bati et Moulay Ahmed Drissi figurent parmi les artistes illustrant cette période, avec une expression plastique nouvelle, qui dessineront, par leur création, les premières lignes d’une modernité encore balbutiante. La deuxième étape, démarrant dans les années 60, se consacre à l’ouverture de l’art marocain à l’internationalité. Des artistes comme Ahmed Charkaoui et Jilali Gharbaoui illustrent cette étape cruciale de la peinture marocaine qui se pose des questionnements identitaires, en employant symboles et formes géométriques. Le travail de Farid Belkahia sur les motifs du henné reste un témoin représentatif de cette période où l’histoire du Maroc est employée pour instaurer une nouvelle interprétation de l’héritage culturel marocain. Les étapes s’enchaînent, pour arriver jusqu’aux artistes d’aujourd’hui, dont le travail fait souvent fi des barrières culturelles, penchant plus vers la recherche personnelle et les sujets d’actualité. En témoignent l’installation de Zbel Manifesto et les sculptures de Georges-Mehdi Lahlou qui questionnent le présent dans leurs œuvres et explorent les limites de la création. Cette partie de l’exposition, installée dans ce qui devrait servir de parking au sous-sol par la suite, répertorie des moyens d’expressions différents, de la sculpture à la photo, en passant par l’installation et des œuvres jonglant entre plusieurs techniques.

Crédit : Yassine Toumi.
Crédit : Yassine Toumi.

100 ans de création au Maroc dresse un portrait assez complet de l’évolution de la peinture et des arts picturaux au Maroc, ponctuant les transitions par les ambiances des salles, qui changent de couleur au fil de la balade, pour caractériser des « stations »-clés de cette production artistique. La plupart des artistes ayant marqué cette période sont généreusement représentés dans cette exposition, majoritairement constituée de prêts. 100 ans de création au Maroc occupera le musée pendant les cinq premiers mois suivant son ouverture, avant de laisser place à l’exposition Le Maroc contemporain, qui investit les murs de l’Institut du monde arabe actuellement.

Crédit : Yassine Toumi.
Crédit : Yassine Toumi.

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